Arvo Pärt-Philip K. Dick
Arvo Pärt-Philip K. Dick : éthiques du temps
Arvo Pärt-Philip K. Dick
Dans cet essai l'auteur interroge le rapport au temps dans les oeuvres de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et du musicien minimaliste Arvo Pärt. Il voit dans la démarche de ces artistes l'élaboration d'une résistance contre la dictature et les cadres esthétiques et repère la mnémoneutique de leur création, c'est-à-dire l'ensemble, dans une oeuvre donnée, de ce dont il faut se souvenir.
Chose notable dans nos sociétés adeptes du culte de l'individu, leurs noms n'ont pas encore atteint le degré de notoriété qu'ont gagné leurs oeuvres. Prenons quelques films : Gerry, The Place Beyond the Pines, There Will Be Blood d'un côté, Minority Report, Blade Runner, Total Recall de l'autre. Les premiers font tous appel à la musique d'Arvo Part, les derniers sont tous basés sur des histoires écrites par Philip K. Dick.

Point commun entre les deux hommes : tous deux sont contemporains et issus d'une société répressive dont ils ont subi la coercition et contre laquelle ils se sont battus : respectivement l'URSS et les USA. Tous deux ont trouvé dans une approche mystique du temps une manière d'orienter leur oeuvre vers une singularité qui dépasse les simples carcans des genres, que ceux-ci soient appelés « minimalisme » ou « science-fiction ». Tous deux ont eu pour objectif de créer des oeuvres qui soient comme un triomphe contre la tyrannie : celle des cadres esthétiques comme celle des sociétés de contrôle. Récemment encore, Part dédiait sa 4e symphonie à un opposant au régime de Vladimir Poutine ; et on ne peut que constater que Dick avait anticipé la plupart des problématiques qui fracturent la société américaine post-11 septembre. Autant de raisons de rendre un hommage volontairement aventureux à des oeuvres qui continuent de marquer profondément notre culture, populaire comme « savante ». Autant de raisons d'écrire sur un dialogue qui n'a jamais eu lieu, et qui pourtant continue de se produire. Un paradoxe à la hauteur de leurs éthiques du temps.
Etienne Barillier © 2007-2017