ABCDick Naturalisme (contre Purisme)

NATURALISME (CONTRE PURISME)



Dès les années 1950, Philip K. Dick excelle à la description d’idéologies qui sonnent comme autant de métaphores de nos dogmes contemporains jusque dans leurs équivoques. Ainsi de l’opposition des Puristes et des Naturalistes dans « Là où il y a de l’hygiène », dont les enjeux sont le contrôle de l’haleine, le blanchiment des dents ou encore l’ablation forcée des glandes sudoripares pour les remplacer par des tubes artificiels d’évacuation des déchets organiques. Chacun l’aura deviné : les Puristes défendent avec l’efficacité d’un Monsieur Propre ces opérations de salubrité publique, tandis que les Naturalistes, petits-fils de Diogène le cynique, philosophe au tonneau de l’antiquité grecque, luttent contre ces mesures liberticides. D’ailleurs, s’ils ne sont pas des adeptes du relativisme, ces partisans de notre crade nature ne se rasent pas, se lavent le moins possible et laissent leur nature animale s’exprimer en toute impudeur (soit en quelque sorte une famille d’hommes-végétaux) On se dit : pourquoi pas ? Le lecteur lambda sent même l’auteur plutôt sensible à cette idéologie-là, irrité qu’il est par l’hygiénisme, proche parent du « Réarmement moral » et de ses croisades ô combien contemporaines du politiquement correct. Sauf que lorsque l’hygiénisme comme son plus indécent contraire se muent en dogmes, l’auteur de « Là où il y a de l’hygiène » devient un ardent combattant de « l’indécision » : il se met à croire, profondément, en l’idiotie absolue de tout credo. Au nom de la liberté de tous. Et au risque, face à la violence totalitaire du pouvoir, de finir sa vie en matière recyclée, que ce soit pour constituer ou pour remplir nos assiettes, à l’instar des vieux inutiles et autres vagues résistants du film Soleil Vert.
Etienne Barillier © 2007-2017